Capture dcran 2026 03 30 115238Parmi les 10 000 personnes sans chez-soi recensées à Bruxelles lors du dénombrement de novembre 2024, une part mal connue vieillit en rue, dans les centres d’hébergement d’urgence ou dans d’autres structures d’accueil temporaire et cela, dans des conditions souvent inadaptées et sans réelle perspective de sortie. Certain·es sont sans papiers, sans revenus, malades ou fragilisé·es et ne pourront pas accéder à un logement pérenne ou même à une maison de repos. C’est un des constats portés par le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH) qui s’est attaqué, dans sa dernière étude1, à la privation de logement chez les personnes vieillissantes et âgées. En voici un aperçu..

 

 RASSEMBLEMENT BRUXELLOIS POUR LE DROIT À L’HABITAT

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Extrême précarité et vieillissement sont les deux faces d’une réalité bruxelloise très mal documentée. De façon générale, les publics sans chez-soi sont sous-représentés, voire invisibilisés dans les bases de données administratives ou les enquêtes. Le recensement des personnes sans chez-soi, monitoré tous les deux ans par Bruss’help2, vient toutefois corriger le tir, en apportant des connaissances précieuses sur leurs profils et leurs trajectoires de vie, à cette réserve près que l’âge n’est pas un critère exploité3. Il est pourtant difficile d’apporter des réponses politiques adéquates à un enjeu de société dont on ignore l’essentiel et dont il est impossible d’estimer l’étendue à l’échelle régionale.

Grâce aux données partagées par le Samusocial, le secteur associatif sansabri, les maisons d’accueil et grâce à de multiples rencontres de terrain, le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH) a rassemblé des connaissances, certes parcellaires, mais éclairantes sur les personnes sans chez-soi et/ou sans titre de séjour, en situation de vieillissement.

Les plus âgé·es en rue

 25 % des publics côtoyés en rue ont plus de 50 ans, 10 % ont plus de 60 ans4. D’aucun·es s’étonneront peut-être du seuil d’âge, fixé bas pour apprécier la problématique, mais il faut rappeler que les personnes sans chez-soi, notamment celles qui ont (ou ont eu) un parcours de rue, subissent un vieillissement prématuré et souffrent de problématiques de santé précoces. La moyenne d’âge des mort·es de la rue est proche de 50 ans5.

Les parcours de rue sont souvent marqués par la perte d’un logement, qui reste un des premiers facteurs de risque de rupture, ou par des fractures conjugales ou familiales, d’après ce qu’en disent les personnes concernées. Pour certain·es, la vie en rue (pas toujours en continu) est une réalité depuis plusieurs années.

 Le statut de séjour est moins fréquemment la cause d’un passage en rue, excepté pour les jeunes demandeur ·ses de protection internationale, qui se trouvent en grande précarité, faute d’accueil dans les structures de Fedasil6.

 1/5 des plus de 50 ans (et des plus de 60 ans) sont tout de même sans papiers et vivent – ou passent la journée – en rue. Il s’agit, pour partie, d’une population intra-européenne, issue des communautés polonaise et rom, qui ne fréquente pas ou très peu l’urgence sociale7.

 On sait aussi qu’à Bruxelles, la part du public sans chez-soi vieillissant est plus importante que dans les autres grandes villes du pays et que le phénomène gagne en importance au fil du temps. Médecins du Monde et le Samusocial constatent depuis quinze ans une augmentation des publics qui vieillissent en rue. Leurs besoins en santé et en soins sont criants.

Outre l’âpreté et la durée de vie en rue qui dégradent la santé, les difficultés d’accès aux soins primaires et la saturation des secteurs (notamment de la santé mentale) participent à l’usure des corps et des esprits. L’étude du RBDH pointe également la sous-utilisation de l’aide médicale urgente (AMU) chez les personnes sans papiers.

La mise à l’abri en centre d’hébergement d’urgence

 Les ainé·es ne sont pas plus représenté ·es dans les centres qu’en rue8, ce qui peut paraitre contre-intuitif, puisqu’on pourrait s’attendre à ce que l’âge joue comme facteur de protection prioritaire. Dans les centres d’hébergement du Samusocial, nous avons distingué les centres pour adultes seul·es (Poincaré pour les hommes, Louiza pour les femmes)9, où les séjours sont limités à quelques jours par an, du centre Prince de Liège qui propose des mises à l’abri prolongées.

Le Prince de Liège comprend un pôle fragile (105 places), le centre d’hébergement pour personnes vulnérables (personnes âgées, handicapées...) et une médihalte (45 places), un centre médicalisé pour personnes malades en situation d’extrême précarité. À noter que la médihalte est une structure inédite en Belgique francophone10, mais totalement saturée. Entre 2024 et 2025, elle a accueilli 123 personnes pour 1 000 demandes, toutes urgentes.

 La proportion de personnes âgées et vieillissantes est plus élevée au Prince de Liège qu’à Poincaré ou Louiza. 1/3 des hébergé·es du pôle fragile a même plus de 65 ans. Il faut garder en tête que si le séjour y est plus long que dans les autres centres et qu’il préserve de la rue, il reste néanmoins temporaire et peu adapté à une vie digne. Pour les personnes sans papiers âgées, malades, dépendantes, isolées, le centre Prince de liège est une voie sans issue, un mouroir parfois. Les équipes psycho-médico-sociales se forment désormais aux soins palliatifs pour accompagner des fins de vie.

Les maisons d’accueil, maisons de repos et SHNA

 Si les plus de 60 ans représentent environ 10 % des personnes rencontrées en rue et dans les centres d’urgence, ils·elles sont 4 % seulement à être hébergé·es en maison d’accueil11. L’inadaptation des structures aux mobilités réduites, les difficultés à accompagner les pertes d’autonomie et la sous-occupation chronique des maisons de repos bruxelloises – qui offrent une alternative d’hébergement aux plus de 60 ans (voire à des publics plus jeunes) – sont avancés comme éléments d’explication à cette sous-représentation. On peut se retrouver en maison de repos à 50 ans, parfois par choix, souvent par défaut. Structure à haut seuil d’accès, la maison de repos peut être très confrontante et synonyme de nouvelles ruptures pour des personnes au parcours de vie chaotique.

À côté des maisons d’accueil agréées, il en existe d’autres, les structures d’hébergement non agréées (SHNA), qui naviguent souvent en eaux troubles. Établies en dehors de tout cadre institutionnel, plusieurs font polémique, accusées d’insalubrité voire d’abus12. Certaines SHNA accueillent exclusivement des publics vieillissants qui n’ont pas ou plus accès aux structures officielles subsidiées. Quand les conditions de vie y sont correctes et cela existe chez certaines SHNA, des personnes peuvent y trouver du répit. Difficile néanmoins de savoir combien d’ainé·es y sont hébergé·es.

Du logement pérenne, c’est possible !

 En guise d’espoir face à une réalité particulièrement sombre, l’étude du RBDH s’achève sur des projets de relogement pérennes, portés par des associations qui font le pari de l’autonomie, quand bien même les personnes sont diminuées physiquement, abimées, quand bien même leur santé décline. On y évoque le Housing First13, les maisons de soins ou encore les logements sociaux pour seniors. Des projets exemplaires, mais trop rares, qui manquent de moyens et se heurtent à la pénurie de logements abordables. 


 

1 RBDH (septembre 2025). Vieillir sans logement. Où et comment vivent nos ainé·es sans chez-soi ? En ligne :http://rbdh-bbrow.be/vieillir-sans-logement/

2 Voir à ce propos les résultats du 8e dénombrement des personnes sans chez-soi en Région de Bruxelles- Capitale, 6 novembre 2024 sur https://www. brusshelp.org/

 3 Sauf pour les mineur ·es d’âge qui font l’objet d’une attention renforcée.

 4 D’après les données des maraudes du Samusocial.

 5 Une donnée communiquée par le Collectif des Morts de la Rue.

 6 Legrand, M. (2024, octobre). Accueil : Le point de non-retour, Démocratie. En ligne : www.revue-democratie. be.

7 D’après le monitoring des accompagnements de l’asbl DIOGENES.

8 Toujours à partir de la base de données du Samusocial.

9 273 places d’accueil au centre Poincaré, 130 à Louiza.

10 Charleroi pourrait être, dans un futur prochain, la seconde ville francophone à disposer d’une médihalte. Il en existe une à Anvers qui a ouvert en 2020, en période Covid, avec une vingtaine de lits.

11 Les chiffres ne concernent que les maisons d’accueil COCOF (17 structures, environ 70% de l’offre à Bruxelles).

12 Voir l’enquête récente de la RTBF sur ces « maisons-pirates » : https://www.rtbf.be/ article/l-enfer-a-2000- euros-par-mois-notreenquete-sur-le-business-des-maisonspirates-11591913

13 L’objectif du projet Housing First («Le logement d’abord») est de reloger, durablement et sans conditions, des personnes sans abri très marginalisées qui cumulent bien souvent des problématiques d’assuétudes et de santé mentale et de ce fait, accèdent très difficilement à un logement.

Le Gavroche

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