Autonomie associative menacée, criminalisation des mouvements sociaux, fragilisation de la concertation sociale, mépris du pouvoir législatif et judiciaire, des universités, des médias de service public… Depuis les dernières élections, on observe une offensive gouvernementale coordonnée contre les droits socio-économiques mais aussi contre les droits civils et politiques. Dans le même temps, et de façon de plus en plus décomplexée, la démocratie – qui repose sur des règles et des valeurs – est contestée, contournée ou même méprisée. C’est pour décrypter ces glissements – opérés principalement par les partis de droite au pouvoir – que nous avons réuni dans ces pages Sibylle Gioe, présidente de la Ligue des droits humains et Ariane Estenne, présidente du MOC.
À tous les niveaux de pouvoir, diverses réformes, en cours ou envisagées, modifient de plus en plus fondamentalement la place, les moyens (y compris financiers), la liberté et donc les capacités d’action et le rôle des corps intermédiaires. Or, de longue date, ces organisations occupent une place centrale dans le fonctionnement de la démocratie belge telle qu’elle s’est construite. Comment ces organisations y contribuent-elles ? Et quelles conséquences peut avoir leur affaiblissement structurel, voire leur mise hors-jeu, pour l’évolution de la démocratie belge ?
Les subventions accordées aux associations se déploient dans un cadre juridique de plus en plus rigoureux, imposant des conditions d’éligibilité strictes et des évaluations pointues. Une étude publiée par le CESEP en avril 20261 – dont cet article s’inspire – met en lumière l’impact de ces cadres sur l’autonomie des associations d’Éducation permanente et d’Insertion socioprofessionnelle en Wallonie.
La récente analyse du CRISP1 sur l’évolution de la fonction consultative exercée par le Conseil national du travail (CNT) invite à relativiser l’idée d’un déclin inexorable de la concertation sociale et conforte l’hypothèse selon laquelle la consultation des interlocuteurs sociaux demeure un vecteur de démocratie sociale. En revanche, quand on examine leur place et leur rôle dans la gouvernance en matière de sécurité sociale, le verdict change.