Retour à la page PrésentationRetour à la page Présentation
PrésentationPour recevoir Démocratie


Culture

Développement durable

Economie
Développement
Généralité
Globalisation
Services publics

Enseignement - Éducation

Histoire sociale

International

Politique belge

Social
Asile - Immigration
Associatif
Égalité / Discrimination
Emploi - Formation
Exclusion sociale
Handicap
Jeunesse / Enfance
Logement
Protection sociale
Questions de société
Relations industrielles
Santé

Union européenne

Gavroche


Par mot-clef
Par année d'édition

 

Informer une connaissance | Imprimer cet article
Il y a réaction/intervention pour cet article | Réagir à cet article
Social : Asile - Immigration (01/11/2011)
Les Roms : victimes de l’attentisme politique belge et européen - par Nicolas Vandenhemel et Olivier Lambert

Le 19 septembre dernier, près de cinquante Roms ont été expulsés de la gare du Nord, à Schaerbeek, où ils avaient trouvé un refuge de fortune. Il a fallu un bras de fer politique pour que, le 5 octobre, la commune de Schaerbeek leur propose un logement provisoire. Cet épisode largement médiatisé n’est que la face visible d’une crise profonde, celle de l’accueil des demandeurs d’asile… dont les Roms sont particulièrement victimes alors qu’une majorité d’entre eux sont pourtant des ressortissants européens !

On ne le dira jamais assez, il ne fait pas bon être Rom en République tchèque, en Slovaquie, en Roumanie et on en passe. Les discriminations qu’y subit cette minorité – la plus importante d’Europe – sont telles que rien n’arrête la fuite de ses membres vers d’autres États européens ; ni des condamnations répétées de ces pays par la Cour européenne des droits de l’Homme, ni l’affectation de 13 milliards d’euros par le Fonds social européen pour élaborer sur place des politiques d’intégration dignes de ce nom.
Mais, au bout de cette fuite, l’accueil qui leur est réservé en France, en Allemagne ou en Belgique n’a ni un avant, ni un arrière-goût de terre promise. Même si la Belgique est loin d’avoir la politique d’accueil la plus dure qui soit, deux difficultés majeures se posent à eux: le manque de places dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile et une discrimination spécifique infligée aux demandeurs originaires d’un pays de l’Union européenne. Paradoxalement.

Crise de l’accueil
En Belgique, les demandeurs d’asile bénéficient d’une aide pendant la durée de la procédure visant à l’acceptation ou au rejet de leur demande. Depuis 2007, cette aide est purement matérielle : ils sont accueillis dans des centres ou des structures financés par l’État fédéral. En théorie du moins, car, depuis trois ans, ce réseau est totalement saturé. En 2010, 7 700 personnes n’ont pas trouvé de place d’accueil… et se sont retrouvées à la rue dans la plupart des cas. Et les choses ne se sont pas améliorées cette année si bien que l’hiver à venir fait craindre le pire.
Pourtant, des solutions existent en cas de saturation des lieux d’accueil. En effet, depuis la révision de la loi « accueil » en 2009, le Gouvernement fédéral peut à nouveau activer un « plan de répartition ». Celui-ci permet de renvoyer les demandeurs d’asile qui ne trouvent pas de place dans les centres vers les CPAS des différentes villes et communes du pays, où ils pourront bénéficier d’une aide financière pour se loger et se nourrir.
Cette solution existe sur le papier, mais reste lettre morte. Notre gouvernement semble en effet très sensible à certaines voix qui ont, ces derniers mois, dénoncé le plan de répartition car sa mise en œuvre risquerait de créer « un appel d’air » et entraînerait un flux ingérable de nouveaux migrants. Cette crainte n’est pourtant pas fondée. En effet, ce système de répartition a fonctionné jusqu’en 2007 et n’a pas provoqué un tel scénario (1). En revanche, il a montré son efficacité, car il a permis de prendre en charge un nombre important de demandeurs en période de crise (2). En outre, la mise en œuvre d’un tel plan permettrait à l’État de réaliser de substantielles économies. Comme le rappelait la Ligue des Droits de l’Homme en janvier dernier (3), un demandeur d’asile hébergé en centre d’accueil coûte 40 euros par jour, soit 1 200 euros par mois, tandis que l’aide sociale pour une personne isolée se limite à 755,18 euros mensuels et atteint, à peine, 1 069 euros pour une famille ; l’économie réalisée serait donc substantielle. En ces temps de crise et d’austérité, cette seule perspective devrait motiver un changement de cap politique radical et rapide. Or, rien ne se passe.

Les Européens pénalisés
Curieusement, cette crise de l’accueil pénalise particulièrement les ressortissants de l’Union européenne, comme le vivent à leurs dépens une bonne partie des Roms de Schaerbeek. Les ressortissants européens jouissent des droits de séjour les plus étendus, certes, mais la concrétisation de ces droits s’avère difficile. Pratiquement, pendant les trois mois qui suivent leur arrivée en Belgique, ils bénéficient du principe de « libre circulation des personnes » et se trouvent donc en séjour régulier. Passé ce délai, ils peuvent prolonger ce séjour en introduisant une demande et en faisant la démonstration qu’ils travaillent en Belgique ou qu’ils y étudient ou, à tout le moins, qu’ils bénéficient de ressources suffisantes pour y vivre. S’ils parviennent à apporter ces preuves, ils bénéficient d’un droit de séjour. Et, paradoxalement, ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils peuvent réclamer un équivalent du revenu d’intégration sociale au CPAS. Toutefois, l’intervention sollicitée ne doit pas constituer une « charge déraisonnable » pour l’État belge (4). Dans la pratique, l’Office des Étrangers ne se prive pas pour utiliser abondamment cette limitation et refuser tout renouvellement du titre de séjour aux personnes qu’il estime trop recourir à l’aide. Faute de revenus suffisants, les Roms parviennent donc difficilement à prolonger un séjour régulier. « Illégaux », la seule aide à laquelle ils peuvent alors prétendre est l’aide médicale urgente. Seule exception à la règle, les familles avec enfants mineurs conservent leur droit à l’accueil dans un centre ou une structure de Fédasil... Mais comme le réseau est saturé, l’exercice de ce droit est généralement illusoire.

Misère de l’asile
Comme toute personne s’estimant maltraitée dans son pays d’origine, les Roms peuvent introduire une demande d’asile, ce qui leur ouvre en théorie les portes d’un centre d’accueil. Mais les choses sont plus compliquées pour les ressortissants européens. En effet, il existe entre les États européens une présomption de respect des droits de l’Homme. Dès lors, les pays de l’Union européenne ne prennent jamais en considération les demandes d’asile des ressortissants d’autres États membres. À l’exception de la Belgique qui seule déroge à cette règle écrite dans le protocole Aznar(5). Notre pays accepte d’étudier les demandes des ressortissants européens et à ce titre devrait leur garantir le droit à l’accueil pendant la durée de la procédure. Mais dans les faits, les ressortissants extraeuropéens sont prioritaires dans l’octroi des rares places qui se libèrent. Les raisons avancées sont que les Européens bénéficient d’une procédure accélérée et peuvent plus facilement trouver du travail puisqu’ils n’ont pas besoin de permis de travail. Conclusions : les demandeurs d’asile issus de l’Union européenne se retrouvent généralement à la rue.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, les choses ne sont pas roses non plus pour les Roms issus de pays non membres de l’Union européenne, comme la Serbie. Car si leur situation juridique de demandeurs d’asile est plus simple et leur droit à l’accueil davantage reconnu, la saturation du réseau rend souvent ineffective l’application de ce droit fondamental.

Ne pas se tromper d’adversaire
Si l’immobilisme politique belge en la matière est indéfendable et doit être fermement dénoncé, il n’en demeure pas moins que les premiers oppresseurs des Roms sont leurs États d’origine. À l’heure où l’Union européenne milite ardemment en faveur du droit de la population lybienne à la dignité humaine, on peut attendre le même discours à l’égard des populations roms qui sont discriminées quotidiennement. Or, l’Union se tait, et son silence ressemble de plus en plus à une caution aux États membres qui bafouent des droits fondamentaux.
Mais la Belgique aurait beau jeu de se retrancher derrière l’assourdissant silence européen. Elle s’est démarquée en ne souscrivant pas à la présomption de respect des droits de l’Homme par l’ensemble des pays de l’Union. Fort bien. Elle accepte d’étudier les demandes d’asiles des ressortissants européens. Parfait. Mais comment comprendre qu’elle les discrimine ensuite lorsqu’il s’agit de mettre en application le droit à l’accueil? Et comment justifier que son gouvernement fédéral se refuse à un minimum de courage politique pour mettre en œuvre un plan de répartition qui préserverait les droits des demandeurs et réduirait les dépenses publiques ? (6)
D’autant que les perspectives ne sont pas rassurantes. De plus en plus de parlementaires et partis politiques, flamands en tête (NV-A, VLD, MR), durcissent le ton sur les politiques à mener en matière d’asile et d’immigration. Celles-ci sont revues à la loupe d’un climat ultrasécuritaire dans lequel l’étranger n’est pas le bienvenu. La nouvelle loi sur le regroupement familial en témoigne et laisse présager le pire pour les autres dossiers qui sont à l’agenda parlementaire (réforme du code de nationalité, refonte de la procédure d’asile…). Parvenir à modifier l’approche du problème n’est évidemment pas une mince affaire. Cela passe par un « front » uni des forces progressistes de notre pays pour changer le « bruit de fond » nauséabond qui s’amplifie.

(*) MOC

Schaerbeek, une illustration par l’absurde

Le lundi 19 septembre 2011, sur ordre de la bourgmestre de Schaerbeek, 47 Roms ont été évacués de la gare du Nord. Après un vain détour par Bruxelles-ville, ils ont trouvé refuge sur la place Gaucheret, toujours à Schaerbeek, à l’abri des voitures, mais pas des intempéries. Une semaine plus tard, ils étaient 72 femmes, hommes et surtout enfants en bas âge. La plupart de ces personnes sont originaires d’un pays de l’Union européenne. Présentes sur le territoire belge depuis moins de trois mois, elles étaient considérées comme des «touristes» et n’avaient droit ni à l’aide sociale, ni à l’accueil. Dans l’urgence, le CPAS leur a néanmoins délivré colis alimentaires et premiers soins. Le 5 octobre, le Foyer schaerbeekois a réussi à mettre un bâtiment en attente de rénovation à disposition. Pour raisons juridiques, la bourgmestre a dû délivrer un ordre de réquisition en attendant la conclusion d’une convention d’occupation précaire. Cette solution n’est donc que provisoire. Après les trois mois, ces Roms peuvent faire une demande d’asile à l’Office des Étrangers. Mais, vu la jurisprudence récente, il y a de fortes chances que le Commissariat aux Réfugiés rejettera leur demande au terme de la procédure. Ils se retrouveront à nouveau dans l’illégalité et sans ressources. Sans une politique spécifique pour les Roms, construite par tous les niveaux de pouvoirs, à commencer par l’Europe, ces familles, comme 12 familles slovaques et tchèques contraintes de squatter un immeuble désaffecté à Ixelles depuis le mois d’août, et comme tant d’autres familles à venir, continueront à fuir la misère pour une autre misère.



1. En 2005 par exemple, on avait enregistré 15 957 demandes d’asile et en 2006, elles n’étaient que de 11 587, pour un total d’environ 19.941 en 2010.
2. Jusqu’à 42 691 demandeurs en 2000.
3. «Politique d’asile: une opinion publique manipulée», dans Démocratie du 1er janvier 2011.
4. Selon l’interprétation faite par l’Office des Étrangers en Belgique de la directive européenne 2004/229/35.
5. À l’adoption du traité d’Amsterdam en 1997, il était prévu dans le protocole n° 6 – dit «protocole Aznar» – qu’en matière de droit d’asile pour les ressortissants des États membres de l’Union européenne «toute demande d’asile présentée par un ressortissant d’un État membre ne peut être prise en considération ou déclarée admissible par un autre État membre».
6. D’autant que la politique actuelle crée des victimes collatérales : le personnel de certains CPAS (Bruxelles, Schaerbeek...). Vu leur situation géographique, ils doivent gérer plus de demandes d’aide de migrants. Leur personnel n’est de facto pas capable d’y donner une réponse dans les plus brefs délais. Une politique d’accueil bien pensée doit aussi s’accompagner de moyens supplémentaires pour les structures qui doivent en assurer l’application quotidienne.


Cet article a été visualisé 978 fois depuis le 03/11/2011 | Copyright © 2013 REVUE-DEMOCRATIE.BE
Conception & Réalisation : asbl Inform'Action

 


Economie : Une perspective durable pour la politique industrielle – par Guido Nelissen (*)

STIB : L’entreprise à l’épreuve du fait religieux – par Younous Lamghari (*)

Interview – Vincent Legrand(*) : Comment comprendre l’évolution du contexte politique égyptien ?

La revue Démocratie prend un coup de fraîcheur

L’Institut Cardijn a 90 ans : quelques repères pour comprendre son présent – par Marie-Thérèse Coenen (*)

Trafic ferroviaire et mobilité : des perspectives qui obligent à l’action – par Philippe Cornélis (*)

Union européenne : vers un budget ni social ni durable – par Bart Vanhercke, Ramón Peña-Casas, Matthieu Paillet (*)

Insertion Socioprofessionnelle: la reconnaissance des acquis en formation entre risques et opportunités – Myriam Colot*

Campagne du CIEP : une fiscalité équitable ?

Campagne d’initiative européenne : l’accès à l’eau, un droit humain ! – par Xavier Lorent (*)

Crise de la zone euro : l’implacable montée en puissance du rôle politique de la BCE - par Cécile Barbier (*)

Trafic international de drogues : un enjeu Nord-Sud dans la mondialisation - par François Polet (*)

Europe : dans quelle(s) crise(s) sommes-nous ? - par Thierry Dock

Qatar : sous les gratte-ciel, l’enfer des travailleurs - propos compilés par Thomas Miessen (*)

Commerce des armes : l’éthique doit-elle s’incliner face aux enjeux économiques ? – par Nicolas Vandenhemel

Santé : responsabilité et solidarité, un couple improbable? – par Christian Léonard (*)

Littérature et monde ouvrier : quinze heures par jour le corps en laisse – par Anne-Marie Pirard

D’un printemps à l’autre : le graffiti comme arme d’indignation – par Olivier Lambert

Transfert de compétences : préserver les forces du système de santé belge – par Olivier Gillis (*)

Printemps québécois : les couleurs du clivage - par Frédéric Coché et Pascale Dupuis (*)

Crise grecque : changer l’Europe, avant qu’il ne soit trop tard - par Etienne Lebeau (*)

Développement durable : Rio+20, l’occasion de se ressaisir - par Theo Rombouts (*)

Transport aérien : vers la fin du système Ryanair ? - par Paul Palsterman

Médias - Ce que l’on (ne) sait (pas) sur la Syrie – par Sabri Derinöz

Crise de la zone euro : une brèche dans les politiques d’austérité ? - par Philippe Taquet

Enseignement : la FOPES, une formation universitaire pour des «acteurs de changement» - par Marie-Thérèse

Prisons : un modèle carcéral hollandais ? – par Philippe Mary (*)

RD CONGO : K.-O. électoral, chaos politique - par Arnaud Gorgemans

Internet : Cette très chère neutralité… - par Olivier Lambert

Agences de notation: entre corruption et parti pris – par Xavier Dupret(*)

Assainissement des finances publiques: des pistes pour sortir de l’impasse néolibérale – par Muriel Ruol et Thierry Dock

Extrême Droite : la culturalisation du politique – par Marc Jacquemain(*)

Gouvernance économique européenne: les mécanismes renforçant l’égalité sont attaqués – Interview de Christophe Degryse

Quelles alliances pour mettre le social au cœur de la question urbaine? – Claire SCOHIER, Mathieu SONCK, Nicolas PRIGNOT

Hongrie: en voie de semi-fascisation? – Nicolas Bárdos-Féltoronyi (*)

Nucléaire : il y a un an, Fukushima… - par Philippe Taquet

Institutionnel : les aspects sociaux de la réforme de l’État – par Paul Palsterman

Printemps arabes : opposer laïques et islamistes, c’est courir à la «catastrophe» - Interview d’Alain Gresh

Europe: Vers la faillite des États? – par Christophe Goethals (*)

Soins de santé : la crise comme opportunité pour rendre notre système plus efficient – Olivier Gillis et Jean Hermesse

Amiante : quelles indemnisations pour les victimes - par Paul Palsterman

Justice Fiscale : la crise comme opportunité ? – par Thierry Dock (*)

Bolivie : un changement sous tensions – par Philippe Taquet et Nicolas Laermans (*)

Campagne du CIEP : l’espace est politique

Libéralisation des chemins de fer : retour sur un processus en cours – par Philippe Taquet et Dominique Dalne (*)

Emploi convenable : une notion vers quelle voie d’adaptation ? – par Anh Thuong Huynh (*)

Indexation des salaires : des tirs à boulets rouges justifiés? - par Bérengère Dupuis (*)

International : sens ou non-sens des élections congolaises – par Arnaud Gorgemans (*)

Partenaires sociaux : qui veut la peau du Pacte des générations ? – par Chris Serroyen(*)

Congé-éducation payé : nos droits culturels à défendre – par Céline Caudron (*)

Les Roms : victimes de l’attentisme politique belge et européen - par Nicolas Vandenhemel et Olivier Lambert

Union européenne : l’urgence d’un autre modèle, pour l’égalité, l’emploi et le climat - par Thierry Dock (*)

La faim dans la corne de l’Afrique : les Éthiopiens impuissants face à la crise - Interview de Patrick Van Durme

Sécurité sociale : du consensus de Washington au consensus de Philadelphie ? – par Paul Palsterman

Politique européenne : la lutte contre la pauvreté passe à la trappe… - par Bérengère Dupuis

Portugal : au-delà des stéréotypes et du plan de sauvetage très libéral – par Patrick Feltesse (*)

777 articles sont gratuitement à votre disposition.
22/05/2013 - 05:03:41