Retour à la page PrésentationRetour à la page Présentation
PrésentationPour recevoir Démocratie


Culture

Développement durable

Economie
Développement
Généralité
Globalisation
Services publics

Enseignement - Éducation

Histoire sociale

International

Politique belge

Social
Asile - Immigration
Associatif
Égalité / Discrimination
Emploi - Formation
Exclusion sociale
Handicap
Jeunesse / Enfance
Logement
Protection sociale
Questions de société
Relations industrielles
Santé

Union européenne

Gavroche


Par mot-clef
Par année d'édition

 

Informer une connaissance | Imprimer cet article
Il y a réaction/intervention pour cet article | Réagir à cet article
International (01/01/2011)
Alimentation et spéculation : tirer avantage de la hausse des prix des denrées alimentaires ! – par Bernard Bayot (*)

On se souvient des émeutes de la faim qui avaient éclaté dans de nombreux pays en développement début 2008, en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Cette crise alimentaire n’aurait pas eu lieu sans spéculation, selon Olivier De Schutter. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation vient à nouveau de tirer la sonnette d’alarme le 11 janvier dernier: «nous vivons le début d’une crise similaire à celle de 2008». Alors, même cause, mêmes effets? Et comment y remédier?

On se souvient de ces scènes d’émeutes à la fin de l’année 2007 et au début de l’année 2008. Au Burkina Faso, au Cameroun, au Sénégal, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, en Égypte, au Maroc et dans bien d’autres pays encore, les populations affamées manifestaient contre le prix élevé des denrées de base. Dans le même temps, la KBC proposait de: «tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires!» pour vanter les mérites d’un produit financier qui investissait dans six denrées alimentaires. La pénurie d’eau et de terres agricoles exploitables ayant pour conséquence une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix de ces denrées, y était présentée comme une opportunité (1). Même s’ils se montraient plus discrets sur leurs intentions, de nombreux autres fonds spéculaient eux aussi sur la hausse des prix des aliments en ce début d’année 2008: aux dires de la commissaire européenne chargée de l’Agriculture, Mariann Fischer Boël, 140 fonds indexés partiellement ou totalement sur les prix des matières premières agricoles avaient été lancés en février 2008 dans l’Union européenne (2).
Cette spéculation a-t-elle, à l’époque, attisé la hausse vertigineuse des prix des matières premières alimentaires? Déjà en novembre 2007, la FAO, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, estimait que la tendance à la hausse des prix internationaux de la plupart des produits agricoles était seulement en partie le reflet de la contraction des approvisionnements, c’est-à-dire du jeu de l’offre et de la demande. C’est que nous étions alors en pleine crise des subprimes et que les spéculateurs, qui cherchaient de nouvelles formes d’investissement, ont eu l’attention attirée par les instruments financiers liés au fonctionnement des marchés des produits agricoles (par exemple, les marchés des instruments à terme et des options (3)). Ceux-ci représentaient pour eux un moyen de diversifier les risques et d’obtenir des rendements supérieurs (4).
En septembre 2010, Olivier De Schutter a rendu public un rapport sur les causes de la crise de 2008 (5) dont les conclusions sont plus nettes encore quant à l’impact de la spéculation sur la crise alimentaire. « Il n’y aurait pas eu de crise alimentaire sans spéculation », estime le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation. « Ce n’était pas la seule cause de la crise, mais elle l’a accélérée et aggravée. Les marchés agricoles sont naturellement instables, mais la spéculation amplifie les brutales augmentations, tout comme les chutes des prix, qui sont aussi très dommageables pour les pays producteurs. Cela rend difficile la planification de la production et peut brutalement augmenter la facture alimentaire des pays importateurs de denrées. » (6)

2011, la réplique?
Le 11 janvier dernier, Olivier De Schutter mettait en garde: «nous vivons aujourd’hui le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008. Quatre-vingts pays environ sont en situation de déficit alimentaire. Une hausse continue des prix peut être très dangereuse pour ces pays. C’est pourquoi il ne faut pas répéter les erreurs commises il y a trois ans.» (7) Et de pointer qu’aujourd’hui, comme en 2008, il n’y a pas de problème de pénurie, mais seulement un manque de transparence sur les stocks. Celui-ci alimente une réaction de panique sur les marchés, qui est le fait des traders, mais aussi des gouvernements qui imposent des restrictions aux exportations, ce qui accélère le mouvement.
À la tête du G20, la France, qui a mis les questions agricoles au centre de sa présidence, préconise également plus de transparence sur le niveau des stocks mondiaux des matières premières agricoles et un encadrement des limitations à l’export des différents pays. La présidence française du G20 a par ailleurs chargé le 9 mars 2011 le Programme alimentaire mondial (PAM) de réfléchir à la mise en place d’un système de stocks de denrées alimentaires humanitaires pour parer à des émeutes de la faim.
Au-delà de la nécessaire transparence des stocks se pose en effet la question de leur existence même. Si la constitution de stocks de denrées alimentaires humanitaires va certainement dans la bonne direction, sans doute convient-il d’élargir la réflexion et d’encourager les pays à reconstituer des stocks alimentaires, non pas seulement pour faire face à des crises alimentaires, mais comme outils de régulation des prix, pour protéger les producteurs et les consommateurs contre la volatilité de ceux-ci.

Réguler le marché
Agir sur les stocks est indispensable, mais sans doute insuffisant, certainement à court terme, pour enrayer la spéculation alimentaire si on n’adopte pas, dans le même temps, une réglementation appropriée du marché des matières premières agricoles. Certes, il est très difficile, voire impossible de faire la distinction entre les investisseurs commerciaux, qui ont une fonction utile sur ces marchés, à savoir la couverture des risques, et les investisseurs purement financiers qui parient sur la hausse ou la baisse des cours dans une logique purement spéculative. Car tous deux utilisent les mêmes outils financiers, seules leurs intentions diffèrent.
Cela n’empêche pas d’exercer un contrôle nettement plus strict des marchés dérivés (8) de matières premières. À cet égard, les États-Unis ont une longueur d’avance sur l’Europe ! C’est ainsi qu’ils ont créé un régulateur financier spécifique pour les matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), qui dès 2006, a régulé ce marché de deux manières: en publiant les positions spéculatives (9) et en limitant la spéculation excessive. Elle travaille à présent à la standardisation des transactions de gré à gré, c’est-à-dire celles qui se font en dehors du marché organisé qui est soumis à sa réglementation.
Rien de tel n’existe à ce jour en Europe, mais, dans le cadre de la révision des différentes directives financières, la Commission semble ouverte à une meilleure régulation des instruments financiers dérivés sur les matières premières. Le commissaire Barnier a ainsi présenté le 15 septembre dernier des propositions législatives sur les dérivés échangés de gré à gré et la Commission a organisé le 21 septembre une audition publique sur les dérivés de matières premières. Celle-ci doit faire cette année une proposition pour encadrer les positions spéculatives sur les matières premières. Il serait souhaitable d’interdire sur ces marchés toute transaction n’impliquant que des opérateurs financiers. Une telle mesure permettrait de juguler l’afflux actuel de capitaux vers les marchés de matières premières qui participe à déséquilibrer davantage le rapport entre l’offre et la demande: en effet les acheteurs de produits alimentaires de l’économie réelle entrent en concurrence avec les banques et les fonds spéculatifs qui n’achètent ces produits que pour les revendre plus cher un peu plus tard... à ceux qui en ont vraiment besoin (10).
D’autres mesures peuvent être envisagées : la subordination de la vente de produits structurés (11) aux acteurs de la filière agricole et agroalimentaire à un agrément délivré par une agence publique, la mise en place d’une taxe sur les bonus des opérateurs de marché et la rémunération des gestionnaires de fonds, ou encore la modification des règles comptables autorisant l’évaluation des produits structurés agricoles au «prix de modèle» (12) dont le contrôle est difficile (13). Constitution et transparence des stocks des matières premières agricoles et réglementation du marché de ces dernières sont les urgences du moment, pour contrecarrer la spéculation et éviter de nouvelles crises alimentaires. Elles ne doivent pas nous faire oublier, dans une optique de plus long terme, le soutien à une agriculture familiale à même de donner corps à ce «droit à la souveraineté alimentaire» que portent de nombreux mouvements paysans.

(*) Directeur du Réseau de Financement alternatif.



1. Bernard Bayot, Spéculateurs affameurs, FINANcité Cahier, n°11, Réseau Financement Alternatif, Namur, 2008.
2. Julie Majercza, La famine fait spéculer, Libération, 13 mai 2008.
3. Une option est un produit dérivé qui établit un contrat en vertu duquel l’acheteur de l’option obtient le droit d’acheter ou de vendre un actif (par exemple des matières premières) à un prix fixé à l’avance, pendant un temps donné ou à une date fixée. Ce contrat peut se faire dans une optique de spéculation ou d’assurance.
4. FAO, Prix élevés et volatilité des produits agricoles, Perspectives de l’alimentation, novembre 2007, http ://www.fao.org/docrep/010/ah876f/ah876f13.htm.
5. Food Commodities Speculation and Food Price Crises, Regulation to reduce the risks of price volatility, Briefing note 02 - septembre 2010.
6. Isabelle Hachey, La spéculation au coeur de la crise alimentaire, Cyberpresse.ca, 16 octobre 2010.
7. Marie Christine Corbier, Olivier de Schutter, Vers une nouvelle crise alimentaire, Les Échos, 11 janvier 2011.
8. Un dérivé est un contrat entre deux parties qui prévoit un échange (un achat par exemple) dans le futur à des conditions fixées au préalable. Normalement, il sert à couvrir le risque, mais est de plus en plus utilisé à des fins spéculatives.
9. Une position est un engagement contraignant d’acheter ou de vendre une quantité donnée d’instruments financiers, tels que les titres, devises ou des marchandises, pour un prix donné.
10. Pascal Canfin, Spéculation sur les matières premières : l’Europe doit aller de l’avant, terraeco.net, 28 février 2011.
11. Produit financier consistant dans la combinaison d’un placement classique (obligation, par exemple) et d’un instrument financier dérivé.
12. La valeur d’un instrument financier peut être estimée par son prix de marché ou, à défaut, par un prix de modèle réalisé à partir de données observables ou non observables.
13. Didier Marteau, Limiter l’aléa moral sur les marchés de matières premières agricoles, Les Échos, 4 mars 2011.


Cet article a été visualisé 1396 fois depuis le 01/04/2011 | Copyright © 2013 REVUE-DEMOCRATIE.BE
Conception & Réalisation : asbl Inform'Action

 


Economie : Une perspective durable pour la politique industrielle – par Guido Nelissen (*)

STIB : L’entreprise à l’épreuve du fait religieux – par Younous Lamghari (*)

Interview – Vincent Legrand(*) : Comment comprendre l’évolution du contexte politique égyptien ?

La revue Démocratie prend un coup de fraîcheur

L’Institut Cardijn a 90 ans : quelques repères pour comprendre son présent – par Marie-Thérèse Coenen (*)

Trafic ferroviaire et mobilité : des perspectives qui obligent à l’action – par Philippe Cornélis (*)

Union européenne : vers un budget ni social ni durable – par Bart Vanhercke, Ramón Peña-Casas, Matthieu Paillet (*)

Insertion Socioprofessionnelle: la reconnaissance des acquis en formation entre risques et opportunités – Myriam Colot*

Campagne du CIEP : une fiscalité équitable ?

Campagne d’initiative européenne : l’accès à l’eau, un droit humain ! – par Xavier Lorent (*)

Crise de la zone euro : l’implacable montée en puissance du rôle politique de la BCE - par Cécile Barbier (*)

Trafic international de drogues : un enjeu Nord-Sud dans la mondialisation - par François Polet (*)

Europe : dans quelle(s) crise(s) sommes-nous ? - par Thierry Dock

Qatar : sous les gratte-ciel, l’enfer des travailleurs - propos compilés par Thomas Miessen (*)

Commerce des armes : l’éthique doit-elle s’incliner face aux enjeux économiques ? – par Nicolas Vandenhemel

Santé : responsabilité et solidarité, un couple improbable? – par Christian Léonard (*)

Littérature et monde ouvrier : quinze heures par jour le corps en laisse – par Anne-Marie Pirard

D’un printemps à l’autre : le graffiti comme arme d’indignation – par Olivier Lambert

Transfert de compétences : préserver les forces du système de santé belge – par Olivier Gillis (*)

Printemps québécois : les couleurs du clivage - par Frédéric Coché et Pascale Dupuis (*)

Crise grecque : changer l’Europe, avant qu’il ne soit trop tard - par Etienne Lebeau (*)

Développement durable : Rio+20, l’occasion de se ressaisir - par Theo Rombouts (*)

Transport aérien : vers la fin du système Ryanair ? - par Paul Palsterman

Médias - Ce que l’on (ne) sait (pas) sur la Syrie – par Sabri Derinöz

Crise de la zone euro : une brèche dans les politiques d’austérité ? - par Philippe Taquet

Enseignement : la FOPES, une formation universitaire pour des «acteurs de changement» - par Marie-Thérèse

Prisons : un modèle carcéral hollandais ? – par Philippe Mary (*)

RD CONGO : K.-O. électoral, chaos politique - par Arnaud Gorgemans

Internet : Cette très chère neutralité… - par Olivier Lambert

Agences de notation: entre corruption et parti pris – par Xavier Dupret(*)

Assainissement des finances publiques: des pistes pour sortir de l’impasse néolibérale – par Muriel Ruol et Thierry Dock

Extrême Droite : la culturalisation du politique – par Marc Jacquemain(*)

Gouvernance économique européenne: les mécanismes renforçant l’égalité sont attaqués – Interview de Christophe Degryse

Quelles alliances pour mettre le social au cœur de la question urbaine? – Claire SCOHIER, Mathieu SONCK, Nicolas PRIGNOT

Hongrie: en voie de semi-fascisation? – Nicolas Bárdos-Féltoronyi (*)

Nucléaire : il y a un an, Fukushima… - par Philippe Taquet

Institutionnel : les aspects sociaux de la réforme de l’État – par Paul Palsterman

Printemps arabes : opposer laïques et islamistes, c’est courir à la «catastrophe» - Interview d’Alain Gresh

Europe: Vers la faillite des États? – par Christophe Goethals (*)

Soins de santé : la crise comme opportunité pour rendre notre système plus efficient – Olivier Gillis et Jean Hermesse

Amiante : quelles indemnisations pour les victimes - par Paul Palsterman

Justice Fiscale : la crise comme opportunité ? – par Thierry Dock (*)

Bolivie : un changement sous tensions – par Philippe Taquet et Nicolas Laermans (*)

Campagne du CIEP : l’espace est politique

Libéralisation des chemins de fer : retour sur un processus en cours – par Philippe Taquet et Dominique Dalne (*)

Emploi convenable : une notion vers quelle voie d’adaptation ? – par Anh Thuong Huynh (*)

Indexation des salaires : des tirs à boulets rouges justifiés? - par Bérengère Dupuis (*)

International : sens ou non-sens des élections congolaises – par Arnaud Gorgemans (*)

Partenaires sociaux : qui veut la peau du Pacte des générations ? – par Chris Serroyen(*)

Congé-éducation payé : nos droits culturels à défendre – par Céline Caudron (*)

Les Roms : victimes de l’attentisme politique belge et européen - par Nicolas Vandenhemel et Olivier Lambert

Union européenne : l’urgence d’un autre modèle, pour l’égalité, l’emploi et le climat - par Thierry Dock (*)

La faim dans la corne de l’Afrique : les Éthiopiens impuissants face à la crise - Interview de Patrick Van Durme

Sécurité sociale : du consensus de Washington au consensus de Philadelphie ? – par Paul Palsterman

Politique européenne : la lutte contre la pauvreté passe à la trappe… - par Bérengère Dupuis

Portugal : au-delà des stéréotypes et du plan de sauvetage très libéral – par Patrick Feltesse (*)

777 articles sont gratuitement à votre disposition.
25/05/2013 - 10:16:45