Aujourd’hui (presque) plus personne n’est à l’abri. Quel que soit le niveau de pouvoir, une grande majorité de la population est ciblée : pas assez performant, trop malade, trop jeune, trop vieux, trop critique, pas de la bonne origine… Les nouvelles mesures visent tout le monde, ou presque. Que ce soient les enseignant·es, les malades de longue durée, les gardes d’enfants, les travailleur·ses sans emploi, les aidant·es-proches, les personnes âgées, les personnes sans titre de séjour, les travailleur·ses de nuit, les travailleur·ses à temps partiel, les étudiant·es, l’ensemble du non-marchand… Nous sommes en quelque sorte toutes et tous considéré·es comme des canards boiteux, à nous demander quand cela sera notre tour de boire la tasse. Du jour au lendemain, nous pouvons devenir le « canard de trop ».

Ces mesures sont justifiées par une petite musique bien connue. Il n’y aurait pas d’alternative, « pas de budget, pas de choix, il faut couper ». Et puis, « quand même, il y avait de l’abus, il faut remettre de l’ordre dans tout ça ! ». Mais ne tombons pas dans le panneau : on ne flotte pas mieux si les autres coulent ! Enlever une aide sociale ou supprimer les allocations de chômage ne permettra jamais de vivre mieux. Car si le ruissellement de la richesse est un mythe, celui de la pauvreté est bien réel. Les politiques d’austérité ne répartissent pas équitablement les efforts, ce sont toujours les plus fragiles qui encaissent les chocs les plus violents. Exclure, couper, supprimer… Ces politiques ne réduisent pas la pauvreté, elles la fabriquent. Et cette pauvreté fait des vagues dans l’ensemble de la société. Quand des personnes sont exclues du chômage, privées d’une allocation ou d’aides essentielles, elles ne deviennent pas plus autonomes : elles deviennent juste plus pauvres. Instabilité, dette, stress, perte de logement, problème de santé, difficulté à trouver un emploi, rupture de liens sociaux… Les conséquences s’enchainent en cascade.

En fragilisant les protections sociales, on fragilise des individus, puis des familles, puis des quartiers, et la société dans son ensemble : les communes doivent compenser, les CPAS sont sous pression, les écoles manquent de moyens. Tout est lié. Une société qui appauvrit les plus fragiles finit toujours pas s’appauvrir elle-même.

C’est ensemble qu’on tient à flot. Défendre les droits sociaux, c’est garantir la dignité. Les protections sociales empêchent que les difficultés individuelles deviennent des crises collectives. La cascade des inégalités n’est pas inéluctable, des pistes concrètes existent : globalisation des revenus, réduction collective du temps de travail, revalorisation de la sphère publique, mise en place d’une sécurité sociale écologique… Aux Équipes Populaires, nous le disons haut et fort : nous refusons une société qui traque, qui stigmatise, qui divise. Nous refusons une société qui fabrique des boucs émissaires de toute pièce. Parce que personne ne doit couler.

La Tribune

Précarité : à qui le tour ?

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Mai 2019

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