Je dois vous faire une confidence : l’écriture d’un « Gavroche » n’est pas toujours un exercice facile. Il faut trouver l’info qu’on va pouvoir décortiquer pour en débattre. Mais ces dernières semaines, je suis gâté :  formation du gouvernement Michel, liens douteux de Théo Francken avec l’extrême droite et dérapages verbaux, manifestations à répétition de la police (si, si). Et j’en passe. C’est toutefois une information différente qui a retenu toute mon attention. En effet, début octobre, 200 employés de la Banque mondiale ont manifesté pour dénoncer un plan d’économie interne qui pourrait entraîner la suppression de nombreux emplois. Le tout dans un contexte où le directeur financier de l’institution s’est vu accorder un bonus financier de 94.000 dollars pour l’année 2014. Avouez qu’il y a de quoi l’avoir mauvaise. Mais, en l’espèce, c’est un peu « l’hôpital qui se fout de la charité », comme on dit. Pendant des années, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont contraint de nombreux pays du Sud à adopter des plans d’ajustement structurel. Ceux-ci ont dû privatiser leur économie à outrance. Et, ce faisant, de nombreux travailleurs se sont retrouvés sur le carreau. Ironie de l’histoire : ceux- là même qui défendaient cette idéologie en sont aujourd’hui victimes. Peut- être se rendent- ils enfin compte combien la chute est douloureuse. Et, qui sait, peut-être seront- ils, dans les semaines qui viennent, à nos côtés pour montrer au gouvernement « suédois » tout le non-sens de ces politiques d’austérité. On peut toujours rêver, non ?
Vous l’avez peut-être entraperçu sur les réseaux sociaux : le hashtag #notinmyname. Cela ne vous dit rien ? Il s’agit d’une « campagne » lancée par une ONG britannique ; le but étant que des musulmans se désolidarisent publiquement des actes barbares commis par l’État islamique en Irak. Le sous-entendu est consternant et potentiellement explosif : démontrez-nous que vous n’êtes pas tous des islamistes convaincus. Et tant pis pour ceux qui ne participeront pas à la campagne... Cette action médiatique était probablement affublée des meilleures intentions. Son résultat, par contre, risque d’être dramatique. Tout comme celui de l’intervention militaire en Irak. Certes, la barbarie de l’État islamique est sans nom. Mais que proposent les chefs d’État occidentaux ? Une bonne vieille intervention militaire avec ses missiles, ses destructions, ses civils tués et ses millions d’euros dépensés. Tout cela pour quoi ? La question (pourtant de première importance) ne reçoit jamais de réponse.Car aucune stratégie politique à long terme pour éviter la résurgence de l’islamisme n’est mise sur pied. Comme si les représentants politiques rechignaient constamment à tirer les leçons du passé. Absence totale de projet politique à moyen terme ; amnésie par rapport à l’histoire récente : bienvenue dans le règne de l’immédiateté et de l’entêtement stérile ! Pour le meilleur. Et surtout pour le pire.
Les jeux sont presque faits. La coalition « suédoise » devrait voir le jour très prochainement. Evidemment, la gauche et les mouvements sociaux s’attendent à des lendemains qui déchantent. Il y aura assurément de nombreuses occasions de battre le pavé. Mais on ne pourra pas reprocher à notre probable futur gouvernement de ne pas assurer l’avenir de l’approvisionnement énergétique de notre plat pays. Quoi !? Comment !? Vous n’avez pas entendu ? Pour la future coalition fédérale, la solution est toute trouvée et réside dans le...nucléaire. Pour celles et ceux d’entre vous qui, depuis 2003, attendaient avec impatience la fermeture de certains réacteurs, il faudra retourner à vos chères études. Car vraisemblablement, « nos » réacteurs continueront à fonctionner au-delà de 2025. La N-VA envisage même de prolonger la présence du nucléaire sur le sol belge jusque 2065 via la construction d’une nouvelle centrale (dont le coût avoisine 9 milliards d’euros). 11 ans que la loi de sortie du nucléaire a été votée. 11 ans ! 11 années durant lesquelles quasi aucune politique d’approvisionnement énergétique plus saine n’a été mise au point par les gouvernements qui se sont succédé. Et moi qui croyais que gouverner, c’était prévoir...
Ne soyons tout de même pas trop médisants : la coalition « suédoise » prépare l’avenir. Elle planche d’ailleurs sur l’achat de nouveaux avions de chasse afin d’être en mesure de transporter les bombes nucléaires (encore, lui !) américaines stockées sur notre sol. Coût de l’opération : 4 milliards d’euros. Décidément, le royaume de Suède ne semble pas connaître la crise.Amen au
Au lendemain de la défaite des Diables rouges en coupe du monde, le peuple belge semble groggy. Cela se comprend. Au fur et à mesure de la compétition, on y croyait. On se prenait presque à en rêver de plus en plus. Pourtant, il n’en sera rien. Adieu les téléviseurs gratuits et les casiers de bières offerts. Adieu aussi aux drapeaux ornés de marques publicitaires, aux offres promotionnelles plus farfelues les unes que les autres... et au nationalisme exacerbé auquel on a assisté (une première pour notre pays, non ?).
La pilule avalée, je suis soudain assailli de doutes. Cet engouement sans précédent n’est- il pas davantage dû à un marketing savamment orchestré plutôt qu’à un amour inconditionnel du drapeau (ou du maillot, c’est selon) et de la Brabançonne ? Avec son marketing, ses lobbies et son public de plus en plus trié sur le volet, le football n’est-il plus qu’une machine économique qui broie tout sur son passage ? Sans notre dose quotidienne d’opium et d’hérésie collectifs, va-t-on pouvoir à nouveau se concentrer sur le sort d’une immense partie de la population brésilienne, littéralement aux abois ? Ou bien sur celui des centaines de morts sur les chantiers des futures enceintes du mondial 2022 au Qatar ? À moins que notre dépendance à l’élixir du ballon rond ne soit décidément
trop forte et qu’elle nous fasse
tout oublier ?
Je dois bien avouer que la rubrique « économie » des journaux n’est pas ma préférée. Sans la vigileance d’un de nos lecteurs, les informations publiées dans Le Soir du 30 mai dernier m’auraient donc probablement échappé. Pourtant, elles valent le détour. On y lit que la Belgique n’a qu’à bien se tenir. Eurostat a en effet décidé d’intégrer les sociétés de logements sociaux dans le calcul de la dette publique. Mais pas seulement. Les partenariats public-privé (vous savez, cette pseudo panacée face à la crise permanente des finances publiques) sont aussi visés. Et vlan, 22 milliards d’euros en plus pour la dette de notre pays et de ses contribuables. De quoi faire allégrement repasser notre taux d’endettement au-delà du seuil fatidique des 100 % du PIB. Par effet domino, de futures sanctions de l’Union européenne et de nouvelles mesures antisociales sont donc à craindre. Mais dans le même temps, ce même quotidien nous annonce que le Royaume-Uni se porte bien mieux que nous. Et pour cause : les revenus générés par le trafic de drogue et la prostitution, qui seront intégrés en septembre dans le calcul du PIB, pourraient doper celui-ci de 12,3 milliards d’euros. Eurêka ! La solution était devant nos yeux. Avis à nos futures coalitions...
Mai 2014 : les fans de politique et de scrutins à enjeux potentiellement très périlleux attendent avec tant d’enthousiasme le 25 du mois qu’on ne pouvait pas ne pas en parler ici. Ainsi donc, la campagne est diablement lancée ! Ah, bon ? Vous aussi, vous trouvez que je vais un peu vite en besogne ? C’est vrai qu’hormis des propositions de réformes fiscales en tous genres, on a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mais comme il faut bien remplir les gazettes, on a trouvé la parade : des « tests électoraux ». C’est tout simplement génial : il suffit de surfer sur un site web (celui du Soir ou de La Libre, par exemple), de répondre à une dizaine de questions et instantanément, on vous dit pour quel parti vous devrez voter, une fois dans l’isoloir. Si vous avez la mémoire courte, n’oubliez pas de faire une « impression écran ». Vous devez penser que je suis médisant. Pourtant, ces tests sont truffés de questions arbitraires. Et leur philosophie est l’antithèse d’une démarche d’éducation permanente tellement plus porteuse à long terme, puisque le « voir, juger, agir » vise à donner des clés de décodage du réel et à susciter  la mise en perspective. Et, assurément, ce n’est pas le cas de ces fameux tests. Or, la démocratie ne se limite pas seulement aux élections. Elle dépend aussi - et surtout- de la capacité critique des citoyens à l’égard des décisions de nos hommes et femmes politiques. Ne l’oublions pas ! Bonnes élections.
Jeudi 27 mars : j’épluche la presse avec une attention décuplée. Pourtant, j’ai beau tourner (et retourner) les pages des principaux quotidiens francophones du pays et ouvrir grand mes oreilles : pas l’ombre d’un propos incendiaire ou d’un édito au vitriol sur les embarras de circulation posés par la venue de Mister Obama. Tant mieux pour le débat sur le fond et sur les enjeux actuels des relations américano-européennes, me direz-vous. Et vous aurez raison. Sauf que... quand ce sont les syndicats ou les mouvements sociaux qui sont dans la rue pour défendre notre modèle social, là, il y a une volée de bois vert. La paralysie automobile (éventuellement) occasionnée devient alors inacceptable. Et les raisons de la mobilisation sont souvent passées sous silence. Cette différence de traitement tout à fait arbitraire souligne en filigrane l’omnipotence des éditorialistes de tout crin qui font l’actualité, plus qu’ils ne l’analysent. Car, voyez-vous, il faut vendre son journal ou soigner son audimat. Ces dernières semaines, on a ainsi vu poindre des éditos vantant la nécessité de la réforme du chômage votée par le gouvernement fédéral. Réforme qui, à les lire ou à les écouter, n’aurait rien d’antisocial. Le ton politique est clairement donné. De tels « traitements » de l’ information redonneront-ils leurs lettres de noblesse au journalisme ? J’ai de sérieux doutes. #
Ironie de l’Histoire: les protestations de la population ukrainienne ont donc (temporairement ?) pris fin alors que les Jeux olympiques de Sotchi connaissaient également leur épilogue. Europe ou Russie ? Russie ou Europe ? Pour certains, il fallait absolument choisir un « camp ». Au final, on se rend compte que le scénario était plus complexe que cette simpliste équation. Ce qui est indubitable par contre, c’est que l’Union européenne n’a pas su parler d’une seule et même voix. Le contraire aurait été étonnant, car à bien y regarder, que saiton du projet politique de l’Union européenne pour son voisin ukrainien ? Poser la question, c’est sans doute y répondre. Assouplir le régime des visas pour les citoyens ukrainiens qui souhaiteraient se rendre dans nos pays ? N’y pensez même pas. Tout au plus, a-t-on entendu parler des quelques concessions économiques que « Bruxelles » pourrait faire à son voisin de l’Est. Les années passent et pourtant, l’Europe continue de conditionner toute avancée politique avec ses voisins à l’instauration d’économies de « libre-marché ». La chanson est connue. Certes, Vladimir Poutine n’offrait guère plus de perspectives. Mais on conviendra quand même que la comparaison est peu flatteuse...
Pour qui en doutait, cela ne fait aujourd’hui plus l’ombre d’un doute : la campagne électorale est bien lancée. Et à très vive allure. Au point que nous, pauvres électeurs, ne savons plus à quel saint nous vouer. Regardez plutôt : d’un côté, on a de dignes représentants du MR qui, tels des enfants qui n’ont pas reçu leur cadeau de Saint-Nicolas, se morfondent allégrement dans la presse parce que, voyez-vous, eux n’ont pas eu droit à leurs 69 minutes de (sans) chichis. Puis, quelques jours plus tard, Charles Michel nous gratifie d’une sortie commune dans la presse avec son grand allié flamand : j’ai nommé le...CD&V (eh oui...). Du côté du PS, là aussi, c’est tout aussi assez kafkaïen, sinon plus. Ainsi, au Forum économique de Davos, Elio Di Rupo n’hésite pas à se faire le chantre de la flexibilité des travailleurs belges et des intérêts notionnels. Pendant ce temps-là, Ecolo, lui, ne s’estime pas marié à une coalition « olivier », mais évoque le recours à un projet politique à long terme. Vous y voyez clair dans tout ça ? Moi, pas trop. Allez, si on est de bon compte, on pourra toujours se rassurer en se disant que la nouvelle politique économique prônée par François Hollande n’a plus rien de socialiste. Et que même là où les élites politiques se disent communistes comme à Pékin, elles placent des centaines de milliards de dollars dans des paradis fiscaux. Pourtant, alors que les mesures anti-sociales s’accumulent et que l’austérité est érigée en dogme, on est en droit d’attendre des partis dits progressites qu’ils clarifient le(ur) jeu et qu’ils défendent des valeurs de « gauche ». Est-ce trop leur demander ? #
Depuis des jours, il n’y en a plus que pour Nelson Mandela (ou Madiba, c’est selon). La presse écrite, la télévision, la radio, tous saluent en grande pompe (et à juste titre) la mémoire d’un homme qui aura marqué l’histoire de son pays, de l’Afrique et de l’humanité. Point de débat à cet égard. Passons le bal des dirigeants hypocrites qui, à l’époque, ont refusé de dénoncer l’apartheid, mais qui n’ont cessé de tarir d’éloges sur ce grand homme. Plus fondamentalement, cette disparition a démontré à merveille le traitement extrêment partiel de l’information par la presse, alors qu’un nouveau code de déontologie journalistique vient de voir le jour il y a quelques semaines. Ainsi, on peut légitimement s’étonner que le bilan désastreux des politiques économiques (soumission totale aux préceptes du FMI et de la Banque Mondiale) menées sous Mandela et ses successeurs soit si rapidement mis aux oubliettes.
Pourtant, leurs effets sont dramatiques pour la population locale, a fortiori pour la population « noire » qui, aujourd’hui encore, est économiquement infériorisée. Et alors que d’aucuns se sont plu à applaudir le courage extraordinaire de Madiba et sa lutte inébranlable contre l’apartheid, nulle mention de celui que vivent aujourd’hui les Palestiniens. Que, récemment, les autorités israéliennes ouvrent des barrages de retenue de l’eau à l’Est de la bande de Gaza, créant au passage de graves inondations dans cette région du monde où les conditions de vie sont déjà dramatiques, n’a, semble-t-il, ému aucun « journaliste ». De là à penser qu’il y a deux poids, deux mesures... #

La Tribune

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