Mi-décembre, je me suis autorisé quelques minutes de télévision. L’approche des fêtes de fin d’année, c’est toujours l’occasion de se nourrir de quelques doses de bons sentiments. J’ai donc osé le « Viva for life » de la RTBF ou « la grand-messe de l’enfance en détresse » du service public. Que d’émotions... 75.000 enfants ne partent pas en vacances chaque année ? Pour eux, des dons en veux-tu, en voilà ! Des téléspectateurs plus généreux que jamais. De la belle charité bien ordonnée. Le tout magnifié par trois animateurs enfermés dans un cube en verre (ne cherchez pas de lien...). Ça fait chaud au cœur tant de solidarité. Le show est tellement efficace qu’il serait bon qu’il fasse des petits. Il manque des sous pour l’enseignement ? « Viva for school », pardi ! À quand des pensions décentes ? « Viva for old people ! » Et tous ces pauvres réfugiés ? « Viva for visas ! » Pas de doute, il y a moyen d’inspirer nos décideurs. Charles Michel aurait tort de se priver de son « Viva for jobs ». Et Maggie De Block ? Un « Visa for health » (à considérer qu’elle n’ait pas déjà assez avec le Télévie...). Un pas plus loin ? « Viva for SNCB ! » Qui pour nier que ça ferait du bien aux navetteurs ? Quant à nos politiques sécuritaires... « Viva for cops », évidemment ! Voire mieux : « Viva for F35 ! » Ben oui, il n’y a pas que les budgets sociaux qui sont à la peine... Last but not least, on n’oubliera pas notre ministre des Finances et son « Viva for money ». On lui rappelle que ça s’appelle l’impôt ? #
Les belles idées tombent comme les feuilles cet automne… Le projet de mise en œuvre d’une Taxe Tobin au niveau européen pourrait passer de (presque) vie à trépas. Cette taxe sur les transactions financières était pourtant promise à une belle destinée. Éprise de solidarité et de justice fiscale, elle devait œuvrer pour le développement des pays du Sud, pour la lutte contre le réchauffement climatique, pour la stabilité financière de l’Europe. Presque à son but, après de longues années de lente gestation, elle est tout simplement liquidée... Par la N-VA qui choisit de retirer l’épingle belge de ce projet ambitieux… Parce que la Taxe Tobin représente un trop grand danger pour le secteur financier. Parce qu’elle risque de faire peur aux investisseurs, aux poids lourds de la City londonienne en quête d’un refuge doré après le Brexit. Parce qu’elle pourrait faire de l’ombre à Bruxelles comme place financière.
Moi je m’dis quand même qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond… Notre gouvernement semble plus effrayé par la solidarité envers les plus démunis que par les riches Kazakhs mafieux qui construisent leur fortune sur de l’argent sale. Car si la taxe Tobin tombe à l’eau, la transaction pénale pour les grandes affaires financières se porte quant à elle fort bien depuis son élargissement en 2011. Et les retombées financières ? Elles semblent bien plus satisfaire les nantis malhonnêtes que les caisses de l’État.
Moi je m’dis quand même qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond… Notre gouvernement semble plus effrayé par la solidarité envers les plus démunis que par les riches Kazakhs mafieux qui construisent leur fortune sur de l’argent sale. Car si la taxe Tobin tombe à l’eau, la transaction pénale pour les grandes affaires financières se porte quant à elle fort bien depuis son élargissement en 2011. Et les retombées financières ? Elles semblent bien plus satisfaire les nantis malhonnêtes que les caisses de l’État.
J’avais décidé de vous parler d’un homme. D’un gars de chez nous. De Wallonie. Ce village d’irréductibles Gaulois. Un type capable de résister à l’envahisseur flamand, belge, européen, canadien. Un super-héros. J’avais envie de vous vanter ses mérites. Le mérite d’avoir redonné un sens au mot démocratie. D’avoir écouté ses citoyens. D’avoir osé dire NON à un monde à la botte des multinationales. D’avoir bloqué le CETA pendant deux petites semaines. Quel courage ! On aurait dit Alexis Tsipras quand il résistait à la Troïka. Tsipras ? Oui, le même qui a fini par céder face au rouleau compresseur des diktats européens. J’avais donc envie de vous parler de ce héros régional des temps modernes, ce Paul qui, lui, n’a (presque) pas flanché. Enfin, seulement à quelques virgules près... Ce n’est qu’un homme, finalement. L’Histoire jugera si, oui ou non, son combat aura répondu aux espoirs. Pas si sûr. Du coup, je préfère vous parler d’un autre petit gars. Il n’a pas vraiment de nom. Il a plus ou moins 16 ans. Il est seul. Il n’a plus dormi depuis un an dans un vrai lit. Son pain quotidien, c’est un bol de soupe. Sa maison, quelques cartons. Son village, c’était une jungle d’irréductibles. À Calais. Quelques mois plus tôt, il avait traversé la Méditerranée sur un rafiot. Un héros, quoi. Un vrai. En Érythrée, chez lui, c’est comme ça qu’on l’appelle. Il s’apprêtait à rejoindre sa Terre promise : l’Angleterre. Il croyait son rêve presque atteint. Las, il est monté dans un car dont les sièges étaient recouverts de plastique. Il ne connait pas sa destination. Son combat continue. L’Histoire s’en souviendra-t-elle ? Rien n’est moins sûr. #
Je vais vous raconter l’histoire de Georges. Georges a 41 ans. Il travaille depuis 20 ans chez Caterpillar. À Gosselies. Cette boîte, il a tout donné pour elle. Comme des milliers de travailleurs, il s’y est démené chaque jour. Il y a trois ans, Georges a une fois de plus accepté de s’adapter aux exigences des big boss : flexibilité accrue, nouvelle organisation du travail... C’était pour sauver son job. Pour payer sa petite maison, située non loin de l’aéroport de Charleroi. Pour nourrir sa famille. Pour partir en vacances avec Maria et Nina, sa femme et sa fille de 8 ans. Cet hiver, avec leurs économies, ils envisageaient pour la première fois un petit voyage sous le soleil de Tenerife. La suite, on la connaît. Brutale. 2000 licenciements et près du double d’emplois menacés chez les sous-traitants. Derrière ces chiffres, il y a Georges et de nombreuses autres vies brisées. Des destins en suspens. Simples dégâts collatéraux d’un capitalisme triomphant. Et puis ce monde politique, unanime, qui pleure avec Georges, avec sa famille, avec toutes ces familles. Peut-être pleurent-ils aussi leur incapacité à anticiper la désindustrialisation du pays ? Qui sait? Heureusement, les solutions pleuvent. Foi de carolo, Olivier Chastel va réquisitionner l’usine ! Pareil pour Benoît Lutgen : le site servira à augmenter la taille de l’aéroport de Charleroi. En attendant, Georges n’ira pas à Tenerife cet hiver. Il regardera passer les avions au-dessus de sa maison. Dont il ne sait toujours pas comment il remboursera le prêt hypothécaire...
Rappelez-vous, en juin dernier, l’annonce du rachat de Lampiris par Total faisait les gros titres. Rendez-vous compte. Lampiris... Cette belle histoire de start-up devenue grande. Ce fleuron de l’énergie verte. Cette fierté nationale. Ou du moins wallonne. Ou liégeoise. Locale, quoi ! Lampiris racheté par Total. Total… Son pétrole et son gaz (de schiste), ses marées noires, ses 903 filiales internationales, son optimisation fiscale, ses copinages avec l’ex-dictature birmane. Et j’en passe. Entretemps, 5.000 clients auraient déjà changé de crémerie. De Lampiris vers d’autres cieux plus verts, plus éthiques et plus belges. D’autres clients devraient suivre après la publication, en ce mois de septembre, du très attendu classement des meilleurs fournisseurs d’énergie réalisé par Greenpeace.
Par contre, certains resteront solidaires de Lampiris, notamment pour préserver l’emploi local. Ou parce que quand Côte d’or, GB, Christiansen, l’Inno, Sarma et bien d’autres sont passés sous pavillon étranger, cela n’a pas changé les habitudes de consommation d’une majorité de Belges. Ah, la mondialisation… un phénomène bien difficile à maîtriser. Même les amateurs d’hamburgers made in Belgium perdent leur latin quand leur est annoncé le futur remplacement du Giant par le Double Whopper.
De là à mettre sur le même pied malbouffe et électricité verte, il n’y a qu’un pas. À ne pas franchir.
Par contre, certains resteront solidaires de Lampiris, notamment pour préserver l’emploi local. Ou parce que quand Côte d’or, GB, Christiansen, l’Inno, Sarma et bien d’autres sont passés sous pavillon étranger, cela n’a pas changé les habitudes de consommation d’une majorité de Belges. Ah, la mondialisation… un phénomène bien difficile à maîtriser. Même les amateurs d’hamburgers made in Belgium perdent leur latin quand leur est annoncé le futur remplacement du Giant par le Double Whopper.
De là à mettre sur le même pied malbouffe et électricité verte, il n’y a qu’un pas. À ne pas franchir.
Comme chaque année à la même période, ça s’agite aux quatre coins du monde. En effet, le mercato de football bat son plein depuis quelques semaines maintenant. Et, déjà, les montants des transferts atteignent des sommes folles. A la limite de l’indécence. Depuis plusieurs mois maintenant, on assiste également à un autre type de mercato. D’autant plus scandaleux. Tout a commencé en mai dernier. On apprenait alors que Neelie Kroes rejoignait Uber. Neelie qui ? L’ex- commissaire européenne chargée de la Concurrence. Ben, voyons... Comme si cela ne suffisait pas, José Manuel Barroso y est allé aussi de son petit transfert. Et tant qu’à faire, autant voir grand. L’ex- président de la Commission européenne va donc garnir les rangs de Goldman Sachs… Mais si, vous savez, cette banque qui a plus qu’un pied dans la crise financière et dans le maquillage des comptes de la Grèce. Comme le mercato bat encore son plein, on pourrait facilement s’imaginer quelques exemples de débauchage à l’échelon belge : Theo Francken rejoindrait ainsi les rangs de l’Agence Frontex. Autant être au front. Alexander de Croo rejoindrait Electrabel pour ses talents d’ « électricien ». Lui-même reconnaît aimer « débrancher la prise ». Pourtant, cette fois, on ne peut pas lui donner tort. Il est peut-être temps de mettre un peu d’ordre dans tout ce micmac, non ?
Sale temps pour les travailleurs. D’un côté, on leur impose une flexibilité qui rend impossible un sain équilibre entre vie familiale et professionnelle. De l’autre, on force les malades de longue durée à revenir au bureau à marche forcée. Peu importe, pour ces derniers, si leur burn-out les rend incapables de produire quoi que ce soit. Peu importe leur équilibre mental et physique. Mais réjouissons-nous : il y a toujours pire ailleurs... Oxfam l’a récemment dénoncé : les employés du secteur volailler aux États-Unis travaillent dans un tel climat de stress et de peur qu’ils n’osent pas demander de pauses pour aller aux toilettes. Au point qu’ils portent des couches au travail ! Oui, vous avez bien lu. Mais de quoi se plaignent donc nos syndicalistes ? Vous savez, ces cheminots qui pinaillent parce qu’on leur retire leurs récups’ alors qu’ils ont parfois bossé sept jours d’affilée. Quelle bande de fainéants ces conducteurs de train qui se lèvent à 1h30 du matin pour commencer leur journée. Vous savez, ces gars qui dorment sur leur lieu de travail plusieurs fois par semaine parce qu’ils commencent à 2h du matin et habitent à 100 km de leur dépôt... C’est à eux qu’on refuse de payer les heures sup’. Ce sont encore eux qui n’ont pas de pause prédéterminée quand il s’agit de manger ou d’aller aux toilettes. « On serre les fesses et on prie pour avoir un peu de temps avant le train suivant », témoignait récemment un de ces geignards. J’ai bien une idée, moi, sur la manière de résoudre la chose. Un Pampers, et on n’en parle plus !
Il y a des jours où le sentiment d’injustice prend des dimensions difficilement supportables. Un sentiment nourri par l’idée que, dans ce monde qui tourne fou, ce sont très souvent les puissants qui ont le dernier mot. Tantôt c’est le lanceur d’alerte Antoine Deltour qui se retrouve devant la justice alors que son seul tort est d’avoir partagé des infos concernant des fraudeurs impunis. Tantôt ce sont des migrants qui se noient en mer parce que les dirigeants européens sont incapables de proposer des voies sûres pour leur permettre de fuir les bombes. Tantôt c’est un gouvernement qui s’attaque encore un peu plus au bien-être des travailleurs en leur imposant une « flexibilité » incompatible avec une vie de famille équilibrée. Et puis, il y a un moment où les astres s’alignent. Comme par magie, depuis la démission de Jacqueline Galant, les choses bougent. Un comble pour l’ex-ministre de la Mobilité. En une semaine à peine, le Parlement wallon a voté son refus du CETA, cet accord commercial avec le Canada qui menace nos standards de vie. La première grève des loyers abusifs a été couronnée de succès à Bruxelles grâce à la ténacité des Équipes populaires. Le discours anti-migrants a été magnifiquement contré par la distribution du journal Le Bienvenu. Et, cerise sur le gâteau, des pilules d’iode seront distribuées gratuitement à l’ensemble de la population pour atténuer les risques en cas d’accident nucléaire ! Quand on vous disait que tout va (presque) mieux...
On dirait presque une rock star. Ces derniers mois, elle enchaîne les performances. Parfois même sont-elles de haut vol. En tout cas, elle parvient (parfois) à séduire son public. Le 29 janvier dernier, elle faisait cet honneur au… Parlement wallon. Devant une série de mandataires, Cecilia Malmström, la commissaire européenne au Commerce, a tenté de convaincre. Quelques heures plus tôt, elle avait eu l’occasion de s’essayer à l’exercice avec une longue interview sur une radio à forte audience. Il faut dire que, pour elle, le temps presse. Et que l’opposition grandit. Car, voyez-vous, la Commission européenne n’avait pas envisagé de telles mobilisations citoyennes contre le TTIP, ce projet de traité commercial entre l’Union européenne et les États-Unis. Cecilia a donc rassuré : il n’y a rien à craindre. Tout est sous contrôle. La Belgique peut dormir tranquille. Ouf ! Des milliers de citoyens belges et européens respirent. Une dizaine de jours plus tard, on apprenait via L’Écho que la Belgique avait été attaquée par un investisseur chinois dans le cadre de l’« affaire Fortis ». Soyons bon joueur : Cecilia avait raison. Notre pays a en effet « gagné » son jugement devant un tribunal strictement privé mis en place par de tels accords. Mea culpa, donc. Ah, au fait, l’article mentionne aussi que pour défendre ses intérêts, la Belgique a déboursé plus de 3,5 millions d’euros en frais de justice. Mais puisque Cecilia nous dit que tout est sous contrôle, on ne va pas commencer à chicaner pour si peu…
Il y a parfois des situations que même le plus sombre cynisme de notre entendement préfère ne pas imaginer. L’année qui vient de s’écouler nous en a offert un florilège : Charlie Hebdo, l’envolée des votes extrêmes, la crise grecque... Puis d’autres attentats, encore et toujours. Mais il y a des pays que notre inconscient d’Européens croit relativement préservés de ce type de phénomènes. C’était en tout cas l’opinion que je me faisais du Japon. Jusqu’à ce que quelqu’un me signale qu’il y a quelques mois, le ministre de l’Éducation avait exhorté les universités à fermer leurs facultés de sciences humaines et sociales. Le but ? « Favoriser des disciplines qui servent mieux les besoins de la société ». Au fond, il n’a pas tort, ce ministre. Qu’apportent donc ces disciplines à la société ? Des analyses, des décryptages, des mises en perspective ? À quoi bon ? Finalement, Manuel Valls ne pense rien d’autre quand il dit en avoir assez de « ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques » aux attentats. Le pays des Lumières et celui du Soleil levant marcheraient donc main dans la main. Au Japon, éliminer les sciences humaines était déjà dans les cartons en 1960. Si l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement, je ne trépigne pas d’impatience de voir à quoi 2016 va ressembler. Et vous ?