Dans son ouvrage Les nouveaux contremaîtres. Enquête sur la surveillance au travail à l’heure de l’IA, Clément Pouré retrace l’histoire et le déploiement de la surveillance technologique au travail (et jusqu’au domicile) – caméras, géolocalisation, analyse vocale, etc. – en articulant les évolutions récentes du travail avec des phénomènes constitutifs du capitalisme industriel. Il montre les conséquences violentes de ces nouvelles formes de contrôle sur les salarié·es, en particulier les travailleur·ses dits « peu qualifié·es » qui en sont les premières victimes.
En Belgique, les politiques migratoires menées ces dernières années ont renforcé le contrôle et la répression. Ces mesures contribuent à fragiliser les droits fondamentaux et à renforcer la stigmatisation et la criminalisation des personnes sans papiers.
Une proposition de loi encore en examen vise à permettre aux CPAS de consulter des données financières des demandeur·ses d’un revenu d’intégration ou d’une autre forme d’aide sociale. Cette proposition renverse le regard porté sur les bénéficiaires de l’aide sociale : de sujets de droits confrontés à une situation de besoin, ils deviennent des suspects potentiels, dont la bonne foi doit être vérifiée par défaut. À force de vouloir traquer des abus marginaux, on risque de fragiliser un système fondé sur la solidarité et la confiance.
Depuis quelques décennies maintenant, la vidéosurveillance ne cesse de gagner du terrain. On trouve des caméras de surveillance dans les rues, les gares, les couloirs des bureaux, les centres commerciaux, les entrées de garage, les salles de sport, les bâtiments publics… En zone urbaine, elles sont devenues presque aussi banales que les lampadaires ou les feux de signalisation. Dans le même temps, elles restent objets de méfiance, symboles par excellence d’un contrôle d’État dont la légitimité doit toujours être questionnée. Quelle est réellement l’ampleur de leur diffusion en Belgique francophone ? Quels enjeux cela soulève-t-il ?1