Vous êtes ici : Accueil

MOOC Copyright University of Salford

 

À la table de l’éducation, un nouvel invité : les MOOCs (Massive Open Online Courses ou, en français, Cours de masse ouverts en ligne). À l’aide de plateformes spécifiques, ils permettent au plus grand nombre de pouvoir suivre en ligne un cours de niveau supérieur. L’inscription y est gratuite et la technologie déployée bouscule les méthodes pédagogiques. Mais autant les perspectives des MOOCs sont prometteuses, autant le positionnement à leur égard reste encore à définir.

 

Sous l’acronyme MOOC se cache un mode d’apprentissage qui passe exclusivement par la toile. Wikis1, quizz interactifs, vidéos, forums et autres hangouts2 y ont la part belle. Les MOOCs peuvent se rapprocher tantôt d’une co-construction des savoirs entre participants (MOOCs dits « connectivistes » ou « cMOOCs »), tantôt de cours plus classiques, transposés à de nouvelles technologies de l’information et de la communication (dits « transmissifs » ou « xMOOCs »).
Dans ce dernier – et majoritaire – cas, des équipes pédagogiques composées de professeurs d’universités ou de hautes écoles, ainsi que de professionnels de ces nouveaux dispositifs, proposent des cours adaptés à ces technologies d’apprentissage, cours qui sont postés sur des plateformes en ligne ad hoc (parmi les plus courantes : Coursera3, Udacity4 et Edx5), accessibles gratuitement et mondialement.
Les cours suivent un rythme défini à l’avance : la date de lancement du MOOC, la cadence des nouveaux modules d’apprentissage, l’accès aux précédents et les formules d’évaluation (continue et/ou finale) sont annoncés d’entrée de cours. De même, la longueur de la formation varie, selon les cours, de quelques semaines à plusieurs mois.
Les MOOCs pourraient rappeler les formations à distance, mais s’en différencient pourtant sur plusieurs plans : outre l’inscription non payante, ces cours restent libres d’engagements et ne s’inscrivent pas dans un programme de formation diplômant. Un MOOC se clôture généralement par une formule d’évaluation finale débouchant sur la délivrance d’une attestation (souvent payante, celle-là), ce qui n’est pas sans rappeler la logique freemium (services basiques gratuits et compléments payants).

Adaptabilité et interactivité sous le feu des processeurs

oute à faire, manque de compétences dans le domaine, peur de ne pas suivre... ? Il est indéniable que les MOOCs offrent une réponse à bien des contraintes, en étant accessibles partout et à tout moment. La flexibilité de cette technologie permet même de s’adapter au rythme propre à chaque apprenant ou à son engagement dans l’apprentissage, voire aux domaines qu’il/elle souhaite approfondir.
Toutefois, on pourrait s’inquiéter de ce que l’apprenant soit, dans ce genre de dispositif à écran interposé, coupé de toute interaction avec ses pairs. Il n’en est rien. L’interaction y est constamment stimulée, construite même, de façon à créer une véritable communauté d’apprentissage. Celle-ci peut être plus ou moins cadrée par l’équipe pédagogique (suivi des forums, vérification des wikis, réponses aux interpellations des apprenants...) et peut même avoir une vie propre, débouchant sur d’autres projets communs.
Par ailleurs, la présence d’apprenants issus de multiples horizons géographiques force la réadaptation des contenus à des contextes variés, tant culturellement que scientifiquement. Elle enrichit également les échanges entre étudiants.

L’envers du décor

Ces indicateurs chiffrés impressionnants (nombre d’étudiants inscrits, origines géographiques représentées...) sont flatteurs pour les professeurs et les universités, qui y voient le signe de leur dynamisme, de leur image et de leur prestige sur le marché de la formation.
Ainsi, certaines universités américaines ont définitivement investi dans les MOOCs comme moyen de s’imposer sur un marché de plus en plus concurrentiel (Harvard University, Stanford University, Massachusetts Institute of Technology [MIT]...). Les universités européennes et belges ne sont pas en reste et tentent, progressivement, de se faire une place au soleil sur les plateformes en ligne hébergeant des MOOCs. Cette année, l’UCL en a ainsi lancé quatre.
Pourtant, les MOOCs n’offrent pas qu’un bilan idyllique. De nombreuses questions se posent, qui vont à l’encontre des buts idéalistes de démocratisation ou d’innovation pédagogique affichés au premier abord.

Des difficultés politico-économiques

Les établissements d’enseignement supérieur se voient forcés de réfléchir à leur implication dans ces dispositifs technologiques. Il en va de leur positionnement sur le marché de la formation, notamment via les rankings internationaux publiés annuellement.
Stratégiquement en effet, la décroissance démographique attendue dans les pays occidentaux et la tendance à la formation tout au long de la vie poussent aussi les établissements d’enseignement supérieur à s’intéresser à ces nouveaux dispositifs, qui leur permettraient d’atteindre des publics plus avancés en âge et en expérience.
Des enjeux financiers importants transparaissent toutefois. Le choix d’une plateforme technologique mettant à disposition des MOOCs plutôt qu’une autre ne relève pas seulement de préférences pédagogiques. En effet, ces plateformes en ligne se basent sur des modèles économiques différents, variant d’un modèle purement lucratif (Coursera, Udacity...) à un modèle associatif (Edx), dénotant des ambitions différentes, mais également des budgets alloués et des termes de contrat qui ne sont pas de même nature. À titre d’illustration, héberger un cours sur une plateforme à but lucratif américaine coûtait, en moyenne, 50.000 dollars en 2012, alors que, durant la même année, avec Coursera, les revenus nets attendus représentaient une proportion de 20 % des investissements, en moyenne.
D’autre part, la mise à disposition de ressources (tant humaines que techniques) que suppose la mise en place d’un MOOC autant que son suivi et sa mise à jour sont considérables. Le nombre d’étudiants étant démultiplié et la technologie utilisée peu coutumière, l’équipe pédagogique s’impliquant dans un MOOC a fort à faire... Pourtant, l’interactivité possible avec l’équipe pédagogique semble constituer une des clefs du succès. On peut se représenter le travail que peut générer le suivi des étudiants, au vu de leur nombre. Des moyens sont à l’évidence à dégager.
Ils le sont actuellement, en Fédération Wallonie-Bruxelles, par les établissements d’enseignement supérieur, qui trouvent en interne les ressources nécessaires à la mise en place de ces cours pilotes.
Mais si le financement en amont est effectif, celui en aval est inexistant : les plateformes sont financées par les établissements d’enseignement supérieur, lesquels ne peuvent espérer de réel retour sur investissement, vu la logique de gratuité d’accès des MOOCs aux étudiants. Autant dans un contexte budgétaire confortable, cette mise à disposition mondiale et gratuite de savoirs (et d’un encadrement adapté) atteint des objectifs louables, autant ces dispositifs sont plus difficiles à défendre dans un contexte de restriction budgétaire. Comment, en effet, justifier un encadrement important dans le développement d’un MOOC, pour des étudiants sollicitant un suivi de par le monde, lorsqu’on connaît la situation budgétaire de nos universités ?
En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce constat se marque d’autant plus qu’aucune réflexion ni politique communes vis-à-vis de ces nouveaux dispositifs pédagogiques n’ont, à ce jour, été définies. Ainsi, l’UCL a lancé ses premiers MOOCs à l’aide de la plateforme Edx, tandis que l’ULB s’est plutôt orientée vers Coursera.
Les établissements d’enseignement supérieur se trouvent donc actuellement à la gouverne, tant en terme de financement que de choix stratégiques.

Des écueils pédagogiques

La révolution pédagogique aura-t-elle lieu  ? Plusieurs observations laissent perplexe.
Deux orientations pédagogiques fortes parmi les MOOCs sont différenciées par les spécialistes. D’une part, les MOOCs peuvent être conçus dans une optique de transmission des savoirs assez classique : un ou plusieurs enseignants donnent un cours visionné par les étudiants à l’aide de vidéos et des dispositifs interactifs sont mis à disposition pour que les étudiants puissent approfondir les notions abordées (MOOCs « transmissifs »). Une vision plus innovante pédagogiquement envisage, quant à elle, les MOOCs comme « connectivistes » (« cMOOCs »). Dans ce cas, étudiants et enseignants interagissent pour faire progresser le savoir. Les participants au MOOC apportent chacun leurs connaissances et la communauté s’autorégule. Ainsi, les évaluations sont réalisées entre pairs : un participant verra son évaluation finale notée par un autre participant.
Entre ces deux orientations, de nombreuses formules hybrides existent, mais force est de constater que la plupart des MOOCs rejoignent actuellement plutôt l’option transmissive. Quand ils sont utilisés dans le cadre de formations universitaires, ils sont aussi souvent utilisés en complément au cours magistral. Ceci laisse à penser que les méthodes pédagogiques ne sont pas fondamentalement revues et que les nouvelles technologies sont adaptées de façon à correspondre aux pratiques pédagogiques courantes.
Autre limitation pédagogique des MOOCs : leur portée finalement restreinte en terme de diplomation. Car à l’heure actuelle, il n’existe pratiquement aucun programme diplômant qui se base sur le suivi de MOOCs. Se posent, en effet, des questions logistiques et pédagogiques importantes, comme celles de l’évaluation : comment, en effet, examiner, par écrit et sans risque de tricherie, un étudiant suivant les cours à Dakar si la formation est dispensée à Bruxelles ?
Enfin, si les chiffres annoncés d’étudiants suivant un MOOC peuvent laisser pantois (155.000 inscrits pour un MOOC du MIT, par exemple ; à l’UCL, 15.400 inscrits pour un MOOC de programmation informatique), il n’en reste pas moins que le nombre d’étudiants atteignant la fin du parcours est nettement moins élevé. Les premières données chiffrées de Coursera évoquent une moyenne de 10 % de participants inscrits qui clôturent le cours, évaluation finale comprise. Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus donc.
Bon nombre d’inscrits ne mettent en réalité jamais les pieds dans le MOOC. Une autre partie des abandons regroupe des personnes qui participent au MOOC sans objectif de réussite, mais plutôt par curiosité, pour « butiner » des savoirs. À l’image de Wikipédia, les MOOCs offrent donc plutôt, pour la majorité des utilisateurs, un espace d’information intéressant, flexible, où l’on peut naviguer au gré du vent.
Intéressante également la constatation que la majorité des utilisateurs est, en réalité, composée de travailleurs d’un niveau d’éducation supérieur. Selon M. Cisel, par rapport à un MOOC lancé en Gestion de projets en 2013 par R. Bachelet (École centrale de Lille), « les étudiants étaient minoritaires, ils ne représentaient que 14,3 % des participants. À peu près au même niveau que les étudiants, les personnes en recherche d’emploi (13,7 %), et les employés (13,4 %). Les cadres et professions intellectuelles (...) étaient largement majoritaires (52,2 %). La question du niveau d’études est sensiblement la même. (...) 62,5 % [possède] un niveau bac+5 (...) » 6. Un mode d’apprentissage à l’avantage des plus favorisés ?

En moyenne, à peine 10 % des participants inscrits aux MOOCs vont au bout de leur(s) cours.

Le MOOC en vaut-il la chandelle ?

Le monde de l’éducation supérieure avance à pas hésitants vers cette nouvelle technologie de l’apprentissage, ne sachant trop s’il s’agit d’un chamboulement durable ou d’un feu de paille. Les questions restent nombreuses, les retombées encore difficiles à évaluer, d’autant que les dispositifs utilisant les MOOCs eux-mêmes se cherchent encore dans une large mesure.
Ainsi, le modèle économique reste encore indéfini, oscillant entre un financement des cours et des plateformes par les organismes publics, par les établissements d’enseignement supérieur, par des employeurs, des publicitaires ou encore, par les utilisateurs, via des services freemium. Les plateformes elles-mêmes fonctionnent selon des principes économiques différents (de buts lucratifs à une logique plus associative). Outre les aspects financiers en jeu, les choix traduisent une vision de l’éducation.
C’est que les signes d’une redéfinition de l’éducation frémissent. Privilégier la formation d’adultes, accéder aux savoirs sans contraintes (ni financière, ni géographique, ni temporelle, ni de prérequis, ni d’engagement), créer des réseaux sociaux affinitaires, intégrer les nouvelles technologies dans les apprentissages... sonnent comme autant de défis que les MOOCs relèvent, du moins partiellement.
L’expérience montre que les difficultés sont légion. La démocratisation qui pouvait en être attendue est, somme toute, relative, puisque les premières tendances voudraient que le public des MOOCs soit plutôt plus âgé et déjà diplômé. Autre ironie du système, qui vaut aussi dans la publication scientifique : sous couvert de démocratisation, seuls les établissements les mieux financés peuvent lourdement investir dans la gratuité d’accès des savoirs qu’elles développent, renforçant ainsi leur positionnement international.
Quant à l’approche pédagogique, de nombreux MOOCs apparaissent en réalité comme une transposition de cours magistraux, laissant finalement une place restreinte à l’innovation pédagogique : celle-ci relève plus de l’utilisation des technologies que d’une réelle vision pédagogique nouvelle.
Le portrait est donc nuancé. Cette technologie de l’apprentissage est certes prometteuse, mais aussi certainement appelée à évoluer et à se transformer encore. Et elle est encore indubitablement amenée à mûrir. #


 Célin Poulain est responsable du centre de documentation, du service ressources pédagogiques et de la publication de la Lanterne magique à la Faculté ouverte de politique économique et sociale (FOPES) - UCL.

Crédit photo : University of Salford


1. À l’image de Wikipedia, un wiki est un “site web dynamique”, qui permet aux utilisateurs de consulter et d’ajouter ou de compléter un contenu d’information.
2. Il s’agit d’un système de visioconférence et de chat, dont le plus connu est Skype.
3. Voir : https://www.coursera.org/
4. Voir : https://www.udacity.com/
5. Voir : https://www.edx.org/


Comité de rédaction

Laurence Blésin, Catherine Daloze, Virginie Delvaux, Patrick Feltesse, Pierre Georis, Christian Kunsch, Frédéric Ligot, Thomas Miessen, Véronique Oruba, Paul Palsterman, Céline Polain, Naïma Regueras, François Reman, Muriel Ruol, Claire Terlinden, Anaïs Trigalet
Rédacteur en chef : Nicolas Roelens
Journaliste : Stéphanie Baudot

Email : democratie@moc.be 

Editeur responsable :
Pierre GEORIS, Centre d'information et d'éducation populaire du MOC (CIEP)
BP50 - 1031 Bruxelles

Avec le soutien de Mouvement Social scrl


ciep-moc-logo © 2013 Revue Démocratie FWB QUADRI HORI